
Catégorie MA BIBLIOTHEQUE.
Publié le 11 août 2009 par Henri-Blaise N’damas.
Mise à jour le mardi 11 août 2009
« Afrique où vas-tu ? Chronique d’une espérance » paru aux Éditions Elzévir en novembre 2008, est un récit autobiographique attachant, qui sait captiver le lecteur dès les premières pages ; alors que le titre de l’ouvrage pouvait faire penser à un de ces essais ennuyeux que savent nous pondre les intellectuels et experts africains en tout genre.
Jean-Bosco Péléket profite d’un retour au pays et des retrouvailles avec son père pour nous donner un sympathique et intéressant aperçu des us et coutumes du clan des Bira et de la tribu des Ngbandis dont il est issu.
Ensuite, il entraîne le lecteur, avec un vrai talent de conteur et des images savamment distillées, dans un long voyage qui débute par Zèré, son village natal pour arriver à Montreuil sous Bois, en région parisienne, en passant par Bèligboka, Ippy puis Bambari (ville qui a certainement inspiré l’auteur pour son essai sur « Bambari, pour une nouvelle capitale de la République Centrafricaine », publié en 2002), l’arrivée à Bangui pour les études secondaires et le départ en France pour les études supérieures et un début d’activité professionnelle dans la jeune fonction publique Centrafricaine.
Le récit de ce second retour au pays, au lendemain du renversement de l’empereur Bokassa, n’est en fait qu’un prétexte pour l’auteur pour se livrer à une longue rétrospective et pour raconter également un nouveau départ, précipité et forcé, de la terre natale à cause de la bêtise d’une certaine « élite ».
Pour moi, ce livre tombe à point nommé car, en janvier 2004, dans une tribune publiée sur ID+ intitulée « À quand les devoirs d’inventaire ? », j’avais vivement interpelé nos aînés Centrafricains qui ne laissaient aucun témoignage écrit de leurs engagements et autres responsabilités. Depuis lors, quelques-uns dont Jean-Bosco Péléket ont pris leurs plumes pour effectuer leurs devoirs d’inventaire. Et je ne peux que les applaudir.
Dans le livre de Jean-Bosco Péléket, j’ai aimé : le talent de conteur de l’auteur, son style, à la fois accessible et relevé, sa maîtrise de cette belle langue française, les références culturelles éclectiques et judicieuses ; les réflexions, toutes en finesse et en profondeur ; cet indéniable amour, cet attachement indéfectible à la Centrafrique natale.
J’ai moins aimé : la nostalgie quasi permanente dans le livre, ce constant « regard en arrière » qui fait dire à l’auteur, de retour en Centrafrique après vingt ans d’exil que « ce pays n’est plus ce qu’il était » ; les multiples flashbacks qui peuvent perturber la lecture et faire perdre le fil ; cette « subjectivité » que j’ai cru déceler dans le jugement porté sur son ancien mentor de « l’incursion politique », Abel Goumba, « homme habité d’anxiété vétilleuse, en désarroi face aux évènements. Un homme qui cherchait à se dissimuler derrière une phraséologie révolutionnaire de type maoïste, avec un parler creux insondable », « [...] une écœurante lâcheté face à l’adversité ». Sans commentaire.
Le livre de Jean-Bosco Péléket est, à mon avis, un émouvant témoignage non seulement sur l’évolution d’un pays, la République Centrafricaine au cours des 20 premières années d’exil de l’auteur, mais aussi une réflexion profonde, un témoignage fort et vivant sur l’exil lui-même.
A la fin du livre, j’imagine facilement que le lecteur, comme moi, aura juste envie de poser deux questions à Jean-Bosco : A quand la suite de ce passionnant récit ? Et, que faudrait-il faire pour redonner une vraie espérance aux Centrafricains en particulier et aux Africains en général ?
« Afrique où vas-tu ? Chronique d’une espérance », de Jean-Bosco Péléket, Éditions Elzévir, 2008, 300 pages, 15€, ISBN 978-2811400415. A lire absolument.
La Rochelle, 24 Juillet 2009.
J’ai pris connaissance de l’intéressante note de lecture publiée par notre compatriote Henri-Blaise Ndamas sur mon livre et lui en sais gré. Je voudrais relever toutefois la subjectivité qu’il a cru déceler dans mon regard sur Abel Goumba. Il pense que mon jugement se serait formé d’après les impressions sur cet homme politique. C’est aller un peu vite en besogne et mal me connaître.
Sans entrer dans les détails, et en attendant d’engager un jour un débat rigoureux sur cet homme considéré comme une icône par certains, je voudrais relever assez rapidement et succinctement que j’ai rencontré Abel Goumba, l’intellectuel, et échangé de nombreuses correspondances avec lui plusieurs années avant de le côtoyer, de faire le chemin politique dont on en a une idée à travers ce livre. Autre chose, c’est bien connu, nous autres Africains avons cette propension à porter facilement les gens que nous aimons au pinacle. Je me suis toujours tenu éloigné de ce travers. Avec Goumba comme avec bien d’autres « aînés » et « grands » je ne me suis jamais laisser impressionner, ni par le personnage ni par le verbe. J’ai en effet pris assez tôt l’habitude de poser des questions y compris par écrit et de faire mon jugement sur la base des réponses et après recoupements. Il faut bien reconnaître que ça n’est certainement pas la meilleure attitude pour qui veut faire carrière politique. Du reste, les camarades les moins rigoureux, qui esquivent les débats d’idées, s’assoient assez vite sur la liberté d’expression, fondements essentiels de la démocratie, m’ont trouvé parfois impertinent à l’égard « de Guèndè » nom de code de Goumba lorsque nous travaillions et nous battions encore dans la clandestinité.
Abel Goumba a été informé de la publication de mon livre. Il l’a peut-être lu. Il ne m’en pas parlé ni directement alors que j’étais en vacances en décembre 2008 à Bangui ni par l’intermédiaire de l’un de ses nombreux enfants. J’ajoute que les protagonistes de l’aventure 1970/1979 ne sont pas tous morts. J’espère pouvoir convaincre un des rares compères vivants encore en région parisienne, de cosigner un jour une note argumentée sur ce qui fut notre engagement, notre lutte dans le cadre du Front Patriotique Oubanguien, nos espérances et les causes de notre échec. Si des témoins ou derniers compagnons de l’équipe Boganda/Goumba/Ngounio/Dacko pouvaient répondre en toute objectivité à la demande de la jeunesse* d’aujourd’hui en quête de documentations et archives pour se faire une idée sur le passé récent de la RCA, bien ambigüités seraient levées.
Pour le reste de son avis, Henri-Blaise Ndamas a vu juste. J’aime passionnément la RCA notre pays au point de vouloir expliquer parfois ce qui peut paraître incroyable aujourd’hui et à bien des égards.
Jean-Bosco Péléket
* Henri-Blaise Ndamas, Clément Boute-Mbamba et Amé Service, pour ne nommer que ces trois me semblent assez représentatifs de cette jeunesse.
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