
Catégorie LU POUR VOUS.
Publié le 1er février 2007 par Henri-Blaise N’damas.
Mise à jour le jeudi 1er février 2007
Ce juriste politologue formé à Bangui, Paris et aux Etats-Unis d’Amérique a travaillé pendant près de 15 ans, il a été en poste aux Nations unies à New York. Depuis 2001, il est retourné dans son pays, la République Centrafricaine et a créé un parti politique : le Parti National pour un Centrafrique Nouveau (Pncn). Avec huit députés à l’Assemblée nationale, son parti est le plus important des formations de la majorité présidentielle. Lors des élections présidentielles de 2005, Cyriaque Gonda a été le directeur de campagne du candidat Bozizé. Ancien vice-président de l’assemblée, il été désigné à 43 ans ministre conseiller et porte-parole du président de la République de Rca. Il était de passage à Yaoundé.
Qu’est-ce qui explique votre présence actuelle en terre camerounaise ?
Ma présence ici s’inscrit dans le cadre d’une mission technique que je suis en train d’entreprendre avec des spécialistes opérateurs des médias et de la communication. Comme vous le savez, je suis conseiller et porte-parole de la présidence de la République, donc responsable de la communication de la présidence, et particulièrement du chef de l’Etat centrafricain. J’ai entrepris de dynamiser dans tous ses aspects, la communication présidentielle. Ça nécessite un certain nombre d’équipements et d’expertise, de contact et d’échanges avec certaines personnes un peu plus avancées. J’ai donc choisi de passer au Cameroun prendre ces contacts et effectuer cette mission technique.
On ne peut évidemment pas manquer d’évoquer la situation qui prévaut en Rca. Où en êtes-vous avec le processus de paix et d’élimination de la rébellion ?
La situation qui a prévalu en Rca aux mois de novembre, décembre 2006, avec la rébellion qui a investi la partie Nord-Est de notre territoire a été extrêmement difficile pour le peuple. Difficile pour le régime aussi, parce qu’au moment où le président de la République est entrain d’enclencher avec courage l’œuvre de la reconstruction de notre pays qui a beaucoup reculé. Nous n’avons pas de choix que de pouvoir nous consacrer à la consolidation de la paix et de l’unité nationale, gages de tout développement. Comme vous le savez, sans cela rien n’est possible.
Mais ce qui s’est passé sur le terrain en réalité, on a réussi à reconquérir toutes les parties qui ont été investies par les forces rebelles. Elles ont été repoussées avec l’aide de l’armée française et des forces de la Monuc. Au jour d’aujourd’hui, nous maîtrisons la situation. Voilà ce que je peux vous dire.
Est-ce qu’on peut savoir qui sont ces rebelles, et ce qui les aurait amenés à prendre les armes contre leur pays ?
Vous posez là une question importante. Je ne voudrais plus revenir sur ce qui a été dit par le président de la République. Mais l’acte qui a été commis par ces assaillants ne s’explique pas. Depuis son accession à la magistrature suprême, le président Bozizé a toujours prôné le dialogue au niveau national. Dialogue entre citoyens d’un même pays, et dialogue entre les citoyens et les institutions de leur pays. On ne peut donc pas comprendre que des gens prennent pour quelques raisons des armes contre leur pays. En tout cas, le président Bozizé a maintenu le cap du dialogue. C’est ce qui a été fait. Ce dialogue-là, ce sera par étapes. La première est cet engagement solennel pris par le chef de l’Etat. Puisqu’il y a une situation de crise, il a décidé de lancer l’idée d’une concertation.
L’étape préliminaire ici, c’est l’identification des personnes et des acteurs. Et, peut être, des problèmes clés. C’est à ce titre là qu’il a responsabilisé le pasteur qui a conduit, en son temps, le dialogue national en Centrafrique. Il est à pied d’œuvre pour faire tout ce travail préliminaire. La suite, on verra.
On observe que la France est intervenue aux côtés du Président Bozize, qui est un président légitimement élu. Par contre, en Côte d’ivoire, la France s’est abstenue d’intervenir directement. Elle est plutôt accusée de soutenir la rébellion. N’y a-t-il pas une politique de deux poids deux mesures ?
(Rires)... C’est difficile de tirer une conclusion en disant qu’il y a une politique de deux poids deux mesures. Même si on le fait, ce serait des opinions. Ce que je peux dire est que on ne saurait prendre les choses aussi facilement. Les interventions de la France en côte d’Ivoire et récemment en République centrafricaine sont absolument différentes. La Rca est liée à la France par des accords de défense et de coopération. Ce n’est pas le cas que je sache pour la république sœur de Côte d’Ivoire. La Rca qui a été attaquée a ainsi demandé l’application des accords de défense. Mais, il faut faire une nuance. Ce sont les Faca, les forces armées centrafricaines qui se sont battues sur le terrain. Avec notamment l’appui logistique de la France et de la Monuc. Cela dit, je préfère donc que l’on s’abstienne de comparer les cas de la Rca et de la Côte d’Ivoire.
Par rapport à cette menace de la paix en Rca, et une rébellion au Tchad, ne pensez vous pas que c’est toute la sous-région Afrique centrale qui est exposée ?
En Rca, ça ne va pas, au Tchad ça ne va pas. Et il faut ajouter à cela le Soudan qui n’est pas de la sous-région, mais qui est quand même frontalier à deux pays de la Cemac. Cela entraîne un effet multiplicateur induit de tout ce qui peut se passer, comme le déplacement des populations, les réfugiés. Ça bousculera un peu la stabilité et la paix de la Cemac, et dès lors ce sera une déstabilisation. A mon avis, ça devrait être une préoccupation de tous les pays, de façon à circonscrire le mal, et assurer la stabilité, gage du développement de toute la région.
On s’est rendu compte qu’il y a beaucoup de difficultés en zone Cemac, notamment en ce qui concerne la circulation des biens et des personnes. Le passeport Cemac tarde à être mis en circulation, comment le président Bozizé dont vous êtes le conseiller et le porte parole entend-il résoudre cette question ?
La vision du président de la République François Bozize est claire. Cette vision se fonde sur deux grands concepts. D’une part, le renforcement de la coopération sous régionale dans le cadre de la Cemac, afin de pouvoir créer un développement économique harmonieux. Vous savez que quand il y a un maillon faible, l’effet est immédiat. Et d’autre part, la mise en œuvre immédiate des grandes décisions de la Cemac. C’est pourquoi par exemple la plaque d’immatriculation Cemac est comme on le dit appliquée de façon systématique dans toute l’administration centrafricaine ; et maintenant vers les privés de façon qu’il y ait une uniformisation. Sans oublier le passeport de la Cemac pour lequel le président Bozize est entrain d’œuvrer de manière sérieuse. Vous savez, nous avons le siège de la Cemac, on est entrain d’œuvrer pour que l’intégration soit effective, auquel cas la Rca sera le premier bénéficiaire. Car du point de vue du taux de croissance, la Rca est derrière. La préoccupation du chef de l’Etat est donc de pouvoir travailler pour mettre la Centrafrique au même niveau, sinon à proximité des autres pays.
Dans la Cemac, on a comme une espèce de bipolarisation au niveau des relations. D’une part, le Tchad, le Cameroun et la Rca s’entendent mieux. Mais la Guinée équatoriale, le Gabon et dans une certaine mesure le Congo sont plus soudés et ont quelques réticences vis-à-vis des autres pays. Il faut par exemple prendre des visas pour aller en Guinée Equatoriale au Gabon et au Congo. En tant que responsable du pays siège de la Cemac, comment le président Bozize entend-il résoudre ce problème ?
Le président Bozizé s’est exprimé récemment à Libreville, où il a fait un plaidoyer pour une concertation plus active dans le sens de l’application effective de tous les accords dans le cadre de la Cemac dont l’un des corollaires est l’élimination des visas tel que prévu par les différents sommets. Mais ce que je voudrais relever, c’est le fait qu’entre le Cameroun, le Tchad et la Rca, il y a beaucoup de pénétrations et d’échanges et puis les relations sont extrêmement séculaires. Et, de l’autre côté, ils ont aussi beaucoup de relations. Ce qui fait que nous avons du travail à faire, car il ne s’agit seulement pas de prendre des décisions, ou des faire de grandes déclarations dans les sommets. Il faut systématiquement les appliquer. Et l’applicabilité de ces décisions vous le savez, provoque des réticences. Donc, il incombe d’y aller avec pondération, avec beaucoup de courage et de patience. Je pense que d’ici là, on appliquera les grandes décisions qui permettront une intégration totale dans la sous-région.
Pour revenir au cas spécifique de votre pays, comment se présente la situation en Rca en ce qui concerne la croissance économique ?
Voilà le point essentiel. C’est d’ailleurs l’une des raisons de mon passage ici. C’est créer de la transparence, faire de la communication autour de ce que veut le président François Bozizé. Ce qu’il veut est simple. Notre pays a souffert des multiples crises militaro-politiques qui ont causé beaucoup de destruction. Après avoir mis toutes les institutions sur pied, les grandes options du président c’est de reconstruire la Rca, faire des grands chantiers. C’est à ce titre qu’il a choisi la philosophie “ Kwa na kwa. ” Cela veut dire le travail, rien que le travail. Selon cette philosophie, il n’y a qu’avec le travail, uni, digne qu’on peut reconstruire la Rca.
C’est un pays avec beaucoup de potentialités. Il y a eu manque de transparence dans la gestion des vastes ressources naturelles de notre pays. Depuis son avènement, on a eu de grands projets mis en chantier. On a le cas de la société Kamberline qui s’est implantée en Rca pour l’exploitation de la kimberlite. Il y a la première grande société “ Or Afrique Axmine ” qui fera l’exploitation industrielle de l’or, ensuite nous avons la société “ Uramine ” avec qui la Rca vient de signer un contrat pour l’exploitation de son uranium. Nous avons aussi d’autres grands secteurs comme la cimenterie, le fer où nous nous engageons.
Dans le domaine de l’agriculture, nous avons pensé relancer toutes les filières les plus importantes, dont le coton, tout en privilégiant l’agriculture moderne à forte valeur ajoutée. Tout cela n’est pas exhaustif.
Et les relations avec les institutions financières de Bretton Woods ?
Le président de la République a choisi comme priorité de renouer avec la communauté monétaire internationale et avec les bailleurs de fonds. Le travail a été difficile, nous avons été l’élève de bout en bout, pendant plus de 2 ans. Et on vient de signer en décembre notre premier programme normal depuis plus de 10 ans avec la Banque mondiale. Un mois après, nous avons signé avec le Fmi, ensuite la Bad. Il y a d’autres bailleurs de fonds particulièrement l’Union européenne, et les partenaires bilatéraux dont la Chine et les autres pays, tels que certains pays arabes qui ont décidé d’aider la Rca à pouvoir attaquer les secteurs sociaux comme la santé et l’éducation sans lesquels la force de travail pour le développement n’existe pas. Voilà où nous en sommes...
Qu’en est-il de la solidité des institutions centrafricaines ?
Aujourd’hui le président est entrain de travailler pour premièrement, consacrer aux institutions du pays leur liberté. D’abord, les institutions qui consacrent la séparation des pouvoirs. Le Parlement, le judiciaire, les cours. Leur neutralité et leur indépendance. Ensuite, donner à ces institutions-là un minimum de culture de transparence et de consistance, de sorte qu’elles soient des entités de prévention des conflits, qu’elles puissent jouer leur rôle. C’est pourquoi en Rca, la nouvelle Constitution de 2004, a mis en place, pour la première fois, un Haut conseil de la médiation, dirigé par un ancien Premier ministre. Le Pr. Abel Ngoumba a la responsabilité de pouvoir aller au-delà des conflits, de les prévenir. De façon que nous puissions créer une passerelle de paix assez durable pour notre pays. Ce que je peux dire est que la Centrafrique revivra avec le président Bozizé.
Entretien mené par Jean François CHANNON
Le 30-01-2007
Squelette SPIP réalisé par l'équipe d'Atypik {.biz}