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"Les diamants de la trahison" : Tentative de réhabilitation d’’un dictateur sanguinaire ou véritable imposture de Jean-Barthélémy Dédéavodé ?

Catégorie COUPS DE GUEULE.
Publié le 21 janvier 2007 par Henri-Blaise N’damas.
Mise à jour le dimanche 28 janvier 2007

Depuis novembre 2006, il ne se passe un jour sans que l’on entende parler d’un "nouveau" Centrafricain, un héritier qui s’est autoproclamé "premier petit-fils de l’ex-empereur Bokassa 1er" et qui, avec le nom de son grand-père maternel comme unique héritage, tente de se faire un prénom par tous les moyens.

Emissions de télévision et de radio, site web, casse-croute de nostalgiques alsaciens, tout passe dans l’obscène promotion d’un livre sans consistance et d’un auteur qui veut faire d’un nom craint et honni en Centrafrique, son fonds de commerce. Bokassa est le nom d’un ex-empereur sanguinaire, reconnu coupable de nombreux crimes par la justice de son pays, et condamné à mort.

La commémoration, le 18 janvier dernier, du 28ème anniversaire du massacre de centaines d’élèves et étudiants Centrafricains par Bokassa, m’offre l’occasion de rappeler à ce prince héritier qui se prétend "africain" mais qui "pense et rêve en vietnamien" et "vi(t) en français", qu’il faut avoir l’humilité de respecter la mémoire de nos morts, Centrafricains, inombrables martyrs du régime de son cher grand-père. "On ne choisit pas ses parents", chantait Maxime Le Forestier. Mais on choisit ses combats. Et celui qu’a choisi et mène cet héritier ne me parait ni acceptable ni moralement juste.

Ce garçon a le droit d’aimer et de garder d’excellents souvenirs de son grand père. Et, c’est tout à fait normal, vu le luxe dans lequel il était né et a passé son enfance. Il est à mille lieues d’imaginer ce que nous, enfants du KM5 et nos parents, avions enduré pendant que Bokassa est les siens se prélassaient dans un luxe ostentatoire et indécent au regard de la misère de la majorité du peuple.

De même, Martine Bokassa qui a dû relater la quasi-totalité de ce que JB Dédéavodé a écrit, ne peut qu’être reconnaissante visi-à-vis de son père qu’elle ne connaissait pas et qui a fait de l’obscure paysanne vietnamienne qu’elle était une vraie princesse Centrafricaine. Son récit ne peut être objectif ou considéré comme tel.

Au niveau de la forme, j’ai renoncé dès la 50ème page à relever toutes les erreurs de sémantique (La Centrafrique) et les coquilles, tellement elles sont nombreuses dans ce livre (Bokassa est désigné comme le cousin ou l’oncle de Boganda, selon la page du livre).

Les caricatures grotesques sont également très nombreuses. Ainsi, page 22 du livre, JB Dédéavodé nous apprend que lors de l’arrivée de ses mère et grand mère à Bangui, "tapis dans la brousse, les ngbakas ne laissent strictement rien pénétrer dans leur zone tribale, à l’exception de leur chef naturel, Jean-Bedel Bokassa (lui-même fils de leur ancien chef)". Je ne savais pas qu’il existait des zones tribales dans le Centrafrique du début des années 1970, mais n’apprend t-on pas tous les jours ?

Page 29, l’auteur et son nègre font du mafé et du yassa des spécialités gastronomiques Centrafricaines en lieu et place du "koko na gnama" et autres mets auxquels nous, Centrafricains, sommes attachés.

Plus loin, nos auteurs font étalage de leurs préjugés contestables sur le "manque de ponctualité" et la "jeunesse éternelle" (donc l’immaturité ) des Centrafricains. Ce qui est tout à fait normal de la part de ce prétendu auteur qui, à aucun moment, ne se revendique du Centrafrique ou du peuple Centrafricain.

Bien au-delà de la forme qui laisse à désirer, les thèmes défendus par ce livres sont très discutables et, surtout, les propos de nos auteurs sont peu argumentés et peu documentés.

JB Dédéavodé qui annonce avoir fait des études de Droit justifie sans honte les atteintes au droits de l’homme par son grand père : "Dans un tel pays, pour se faire entendre du peuple, l’exécutif est contraint à des actes forts". Bokassa fait mutiler des condamnés de droit commun sur la place publique ? Dédéavodé affirme sans ciller que "seule une force démonstrative peut faire respecter l’ordre public et en imposer aux chefs locaux" !

Nos fameux auteurs s’aventurent également dans le débat sur les apports de la colonisation en affirmant de manière péremptoire et non argumentée, comme on pouvait s’y attendre, que la colonisation a apporté au Centrafrique des "éléments positifs", et on les cite : "des frontières fixes, une administration organisée, des institutions, un ensemble d’infrastructures," etc. Ce garçon et son nègre ne se sont pas suffisament documentés sur l’histoire du Centrafrique au point d’ignorer que bien avant l’arrivée des occidentaux, il existait des sociétés traditionnelles bien organisées et bien administrées en Centrafrique.

La fameuse affaire des diamants qui aurait fait perdre la présidentielle de 1981 à Valéry Giscard d’Estaing et qui donne son titre à ce livre, n’est évoquée que dans quelques pages et de manière totalement lapidaire. La thèse, défendue par Dédéavodé et son nègre, destinée à blanchir l’ancien président Giscard d’Estaing ne peut faire long feu au regard des faits et de la nombreuse documentation qui existe sur ce sujet.

Pour conclure, je conseillerais à JB Dédéavodé de prendre humblement exemple sur son oncle Jean-Serge Bokassa qui, lors du dernier Dialogue National, au nom des 56 rejetons officiels de Bokassa, a demandé pardon au peuple Centrafricain. Il est indécent de chercher à réhabiliter un personnage pour lequel ses propres enfants ont demandé pardon.

Enfin, je trouve dommage que tous les témoins vivants de cette période tragique du régime Bokassa se taisent et ne réagissent pas devant cette honteuse tentative de réhabilitation d’un dictateur violent et sanguinaire qui a tant fait souffrir notre peuple.

Où sont passés les jeunes patriotes de 1979 qui ont défié le tout-puissant Bokassa au péril de leur vies et de celles de leurs condisciples ?

Où sont nos historiens pour laisser deux jeunes gens influencés par des prétendus "spécialistes des questions africaines" dire de telles contre-vérités ? "Les diamants de la trahison" sont, aux dires de mon frère et alter ego qui l’a parcouru rapidement, "un truc européen, écrit par des européens pour des européens". Et j’y souscris entièrement.

Henri-Blaise N’damas.

PS : A JB Dédéavodé et son "quarantenaire" de nègre, je conseille la lecture de "N’garagba, maison des morts" (ISBN 2738400922), écrit par Thierry Jacques Gallo qui a expérimenté les geôles de Bokassa. J’espère qu’ils seront édifiés et éviteront à l’avenir de raconter des âneries sur un pays qu’ils ne connaissent que par procuration.



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