Nuire à la bêtise...http://bloghb.ndamas.com

Catégories

Autres années :
2009 | 2008 | 2007
2006 | 2005

Du même auteur

Discussion(s)

19/01/2006 : Se souvenir des martyrs de 1979 et de leurs bourreaux

Catégorie REFLEXIONS.
Publié le 22 janvier 2006 par Henri-Blaise N’damas.
Mise à jour le dimanche 22 janvier 2006

Le 18 janvier 2006, une cérémonie commémorait à Bangui la journée des martyrs, en souvenir de la sanglante répression des événements de janvier 1979. Le général d’armée François Bozizé, actuellement président de la République, était présent lors de cette cérémonie.

Cette commémoration devrait donner à chacun d’entre nous l’occasion de réfléchir sur la portée du geste de la jeunesse Centrafricaine de l’époque, et de s’interroger sur la valeur des actes que nous posons (ou ne posons pas) aujourd’hui afin de réconquérir notre Liberté, et celle de notre peuple.

Où sont les résistants d’aujourd’hui ? Pourquoi les jeunes Centrafricains, qui continuent d’être sacrifiés sur l’autel d’ambitions égoïstes de leurs aînés, ne se révoltent-ils pas ?

Pourquoi les meneurs et autres patriotes de 1979 se taisent-ils aujourd’hui ? N’est-il pas de leur devoir de témoigner de leurs combats afin de proposer des pistes aux plus jeunes ?

Pour mémoire, je vous propose la version des événements de janvier 1979 selon René-Jacques Lique (Bokassa 1er, la grande mystification - Editions CHAKA - ISBN 2-907768-20-4) :
« Les 15 et 16 janvier, les élèves qui ne se présentent pas dans les lycées Bokassa et Boganda de Bangui en tenue conforme sont renvoyés. Certains demandent à rencontrer le Premier Ministre pour qu’il revienne sur cette mesure, mais celui-ci est en voyage en France et ils n’obtiennent aucune réponse des autorités quant à leur requête.
Le 17 janvier, la fronde gagne la plupart des établissements secondaires de Bangui.
Le 18, une manifestation de lycéens s’aventure dans la capitale, avec slogans et banderoles, et les jeunes gens s’offrent même une halte symbolique devant la statue de Barthélémy Boganda. Les forces de police, sans munitions, arrêtent et passent à tabac les manifestants qu’elles peuvent attraper.
Le lendemain, c’est la grande réunion à l’université de Bangui. Les étudiants ont rejoint le mouvement qui, au départ, ne les concernait pas, le décret sur les tenues scolaires ne touchant que lycéens et collégiens. Ce 19 janvier au matin, armée et police, toujours sans munitions, encerclent l’université, mais sont vite débordés par les manifestants qui convergent vers le centre-ville, puis vers la présidence. Affrontements et pillages des magasins du centre ville s’en suivent toute la matinée, et la révolte gagne maintenant les ouvriers et tous les sans-emplois, les sans-logis, les exclus de la ville, petits délinquants et autres désoeuvrés que l’on appelle en Centrafrique les godobé. Peu à peu, les manifestants "tiennent" véritablement les quartiers populaires éloignés du centre-ville d’où ils ont été repoussés par les forces de l’ordre.
Instruction est donnée à l’armée en fin d’après-midi de ce 19 janvier de rétablir l’ordre dans tout Bangui. Les militaires ont enfin reçu des munitions mais doivent affronter une insurrection violente et armée : flèches, coupe-coupe, et fusils de chasse entre autres. Premiers tirs, permiers morts, nombreux.
La suite, ce sont des forces de l’ordre débordées dans un premier temps, puis des renforts venus de Berengo, la garde présidentielle, des blindés, un ratissage de tous les quartiers, le désossement des barricades, des affrontements toute la nuit du 19 janvier, des morts, beaucoup de morts, jamais dénombrés. 13 officiellement, une centaine certainement.
Ce fut aussi dans la nuit, un Bokassa sur le terrain, surexcité, qui donne l’ordre de brûler tout un quartier de Bangui, ou un Bokassa plus serein qui lance un appel au calme à la radio.
Le 20, il proclame le couvre-feu et la loi martiale, et l’ordre reviendra progressivement. Des émeutes similaires ont eu lieu dans d’autres villes de province, Bouar, Bangassou et Bossangoa.
Les généraux Mayomokola et Bozizé s’illustrèrent, parfois avec beaucoup de mal, dans la répression de ces manifestations. »

Ainsi donc, ce général Bozizé qui vient de déposer une gerbe de fleurs ce 18 janvier sur le monument des martyrs de 1979 ferait partie des bourreaux de ces jeunes à l’époque !

Je laisse à chacun le loisir d’apprécier les exploits du libérateur en chef qui a eu sa première étoile de général grâce à un certain Jean-Bedel Bokassa ...

Pour finir, je voudrais m’incliner et rendre hommage à la mémoire de tous ces jeunes gens qui ont perdu leurs vies car ils ont osé tenir tête au dictateur Bokassa, alors que leurs aînés et parents faisaient dans leurs pantalons et rasaient les murs.

J’ose espérer que les survivants de ces émeutes prendront prochainement leurs plumes pour témoigner et nous édifier sur leurs luttes passées.

Car la lutte continue. Et la résistance doit s’organiser.



Forum de l'article

Squelette SPIP réalisé par l'équipe d'Atypik {.biz}